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Lettre ouverte à la première ministre Susan Holt et au ministre des Ressources naturelles John Herron - Miser sur l’industrie acéricole pour soutenir le développement économique et rural du N.-B.

il y a 15 minutes
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Madame la Première ministre, Monsieur le Ministre,


Au cours des vingt dernières années, l’industrie acéricole du Nouveau-Brunswick a connu une transformation remarquable. Grâce aux investissements des producteurs, aux avancées technologiques et à l’accès à de nouvelles superficies sur les terres de la Couronne, notre province occupe aujourd’hui le troisième rang mondial pour la production de sirop d’érable, derrière le Québec et le Vermont.


Il existe peu de secteurs de notre économie dans lesquels le Nouveau-Brunswick peut se targuer d’occuper une telle position. Plus remarquable encore, notre industrie a atteint ce rang en occupant moins de 1 % des terres de la Couronne. Imaginez ce qu’elle pourrait accomplir en disposant de l’espace nécessaire pour poursuivre sa croissance.


Une occasion économique à saisir maintenant


Dans un contexte d’incertitude économique, de tensions commerciales et de difficultés dans plusieurs industries traditionnelles, l’acériculture offre au Nouveau-Brunswick une occasion de développement particulièrement intéressante. Les entrepreneurs sont là. La demande est là. Le savoir-faire est là. Les technologies sont disponibles. Et les producteurs sont prêts à investir. Le principal facteur qui limite maintenant cette croissance est l’accès à la ressource.


Cette occasion prend aujourd’hui une importance particulière. La demande internationale pour le sirop d’érable connaît une croissance soutenue depuis une vingtaine d’années, et cette tendance s’accélère. Les exportations, qui constituent un indicateur important de l’évolution du marché mondial, ont ainsi progressé de 9,34 % en 2024 et de 15,8 % en 2025. Parallèlement, la réserve stratégique de sirop d’érable, qui permet de stabiliser les approvisionnements et de compenser les fluctuations de production, est maintenant épuisée.


L’épuisement de cette réserve témoigne de la nécessité d’accroître la production pour répondre à la demande et éviter de perdre des occasions d’affaires. Pourtant, au Nouveau-Brunswick, lors du dernier appel de projets visant l’attribution de nouvelles superficies acéricoles sur les terres de la Couronne, en 2024, 26 projets répondant aux critères n’ont pas pu aller de l’avant faute de superficies disponibles.


Derrière ces projets se trouvent des entrepreneurs prêts à investir des dizaines de millions de dollars de fonds privés dans notre économie, principalement dans nos régions rurales. Chaque année de retard représente des investissements reportés, des revenus perdus et des occasions économiques qui pourraient nous échapper.


L’acériculture et la foresterie : deux activités complémentaires


Une perception persiste toutefois selon laquelle le développement acéricole se ferait au détriment de l’industrie forestière. Que les deux industries sont en compétition pour la même ressource. Ceci est un faux débat. En fait, les deux sont complémentaires. Une érablière en santé doit être aménagée. Des interventions sylvicoles sont nécessaires lors de son aménagement, ensuite pour favoriser la croissance des érables, maintenir la santé des peuplements et assurer leur renouvellement. Ces interventions génèrent du bois qui est dirigé vers les scieries et les autres installations de transformation de la province.


Avec des prescriptions sylvicoles adaptées, il est donc possible de produire du sirop d’érable et du bois sur un même territoire, tout en assurant la santé de la forêt à long terme. L’acériculture présente également un avantage environnemental important : sa rentabilité repose sur le maintien d’un couvert forestier en santé. Elle permet ainsi de concilier développement économique, gestion durable de la forêt et préservation des écosystèmes. De plus, les érablières peuvent jouer un rôle de protection naturelle contre les feux de forêt, les peuplements de feuillus étant généralement moins propices à la propagation du feu que les forêts de conifères.


Il ne devrait donc pas être question d’opposer l’industrie forestière et l’acériculture, mais plutôt de maximiser durablement les retombées économiques, sociales et environnementales de notre forêt publique. La transformation du bois joue un rôle essentiel dans notre économie et sa pérennité est importante pour nos régions. Une gestion judicieuse de la ressource doit permettre de préserver ces activités, tout en favorisant le développement acéricole et en assurant la protection des peuplements à forte densité d’érables à sucre.


Mais le temps presse. Quiconque circule sur les terres de la Couronne, que ce soit pour le travail ou le loisir, peut constater l’ampleur des coupes forestières dans les peuplements d’érables à sucre. Il est urgent de prendre les décisions qui s’imposent pour préserver ce potentiel avant qu’il ne soit trop tard.


Diversifier notre économie forestière


Les difficultés que connaît actuellement l’industrie forestière nous invitent à réfléchir à la meilleure utilisation de nos ressources. La suspension temporaire des activités de l’usine AV Nackawic, préoccupante pour les travailleurs et leur communauté, illustre l’importance de diversifier notre économie forestière.


Si ces transformations devaient mener à une réévaluation de certaines allocations forestières, l’acériculture doit faire partie des options considérées. Des peuplements à fort potentiel pourraient accueillir de nouvelles érablières ou permettre l’expansion d’entreprises existantes, générant ainsi des investissements et des emplois dans nos régions rurales.


Contrairement à plusieurs autres investissements industriels, ces retombées ne peuvent pas être délocalisées. Une érablière établie au Nouveau-Brunswick continuera de produire, d’embaucher et de générer de l’activité économique ici, année après année.


Donner à notre industrie les moyens de croître


Nous demandons au gouvernement du Nouveau-Brunswick de faire du développement de l’industrie acéricole une véritable priorité économique. Nous invitons également l’ensemble des membres de l’Assemblée législative, tant du gouvernement que de l’opposition, à reconnaître son potentiel et à soutenir les mesures suivantes :

  • Identifier et protéger davantage de superficies présentant un potentiel acéricole élevé sur les terres de la Couronne;

  • Accroître progressivement les superficies disponibles pour de nouveaux projets et l’expansion des entreprises existantes;

  • Mettre en place des pratiques sylvicoles permettant la cohabitation durable de la production acéricole et de la production forestière;

  • Intégrer systématiquement le potentiel acéricole aux décisions d’aménagement et d’allocation de la ressource forestière;

  • Considérer l’acériculture dans toute réflexion sur la redistribution de ressources ou de superficies découlant des transformations de l’industrie forestière.


Nous ne demandons pas au gouvernement de miser sur une industrie hypothétique, dont les retombées restent à démontrer. Nous lui demandons de miser davantage sur une industrie qui a fait ses preuves, qui génère déjà plus de 500 emplois équivalents à temps plein et qui possède encore un potentiel de croissance exceptionnel. Alors que la demande internationale continue de progresser et que l’industrie canadienne cherche à accroître sa capacité de production, le Nouveau-Brunswick a une occasion de consolider sa place parmi les grands producteurs mondiaux. Cette occasion est à notre portée. Il nous appartient maintenant de la saisir.


Nous serions heureux d’échanger avec vous sur les mesures nécessaires pour y parvenir.


Veuillez agréer, Madame la Première ministre, Monsieur le Ministre, l’expression de nos salutations distinguées.


Glenn Somers, président

Frédérick A. Dion, directeur généralAssociation acéricole du Nouveau-Brunswick


c.c. : Tous les membres de l’Assemblée législative du Nouveau-Brunswick

 
 
 

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